Ce que le double encollage m’a appris sur la tenue des grands carreaux, à mes dépens

avril 13, 2026

Ce samedi matin, alors que je posais mon premier carreau 80×80 cm dans mon garage, j’ai senti ce léger creux sous la surface. Un bruit creux au tapotement, un signe que je n’avais pas prévu. Je venais de découvrir que le double encollage, cette méthode vantée sur les forums spécialisés, ne se résume pas à étaler la colle sur le sol et le carreau. Ce creux, ce vide sous la dalle, c’était le résultat direct d’un marouflage bâclé, pressé et mal maîtrisé. Ce détail, à première vue mineur, a compromis des heures de boulot minutieux et un budget serré. À partir de là, j’ai compris que le double encollage demandait plus que de la bonne volonté. Que la qualité du geste, surtout sur des carreaux grands formats, faisait toute la différence.

Quand je me suis lancé sans vraiment maîtriser les subtilités

J’ai toujours été un amateur un peu bourrin mais appliqué, avec plusieurs petits chantiers à mon actif. Je ne suis pas un pro, ni même un semi-pro, juste un gars qui aime bricoler à son rythme. Ce projet, c’était la rénovation du sol de mon garage, avec un carrelage grand format 80×80 cm. Budget serré, pas plus de 200 € par mois à consacrer à mes bricolages, et un timing tendu pour ne pas bloquer la voiture trop longtemps. Je savais que poser de grands carreaux sur un sol irrégulier n’était pas simple. Sur les forums, tout le monde vantait le double encollage pour ce genre de cas, promettant une adhérence renforcée et une meilleure tenue dans le temps. J’ai donc décidé d’essayer, convaincu que ça allait régler les soucis de décollement que j’avais déjà vu chez des potes.

Je pensais avoir pigé le truc : étaler la colle sur le sol, puis sur le carreau, poser, et maroufler un peu. Je m’étais basé sur des tutos rapides et des conseils croisés, sans approfondir. Je croyais que le double encollage était surtout une question de colle et de temps de séchage, pas un geste de précision. Pourtant, poser un carreau de cette taille, ça demande une certaine rigueur. Je n’avais pas vraiment anticipé l’importance du marouflage, ce geste pour chasser les bulles d’air sous le carreau et assurer un contact parfait. Pour moi, c’était un détail technique, pas un point clé. J’ai aussi sous-estimé la nécessité de vérifier l’humidité du support, je me suis juste dit que le sol était sec parce qu’il avait l’air comme ça.

Le temps de pose, je le savais allait être allongé avec le double encollage. J’avais lu qu’il fallait compter entre 20 et 30 minutes et puis par mètre carré. Avec mes 10 m² à carreler, ça faisait une bonne demi-journée en plus, mais j’étais prêt à faire l’effort. Le surcoût en colle, estimé entre 1 et 3 euros par mètre carré, ne me posait pas trop de problème non plus, même si je n’avais pas vraiment calculé à fond. Bref, j’étais convaincu que cette méthode allait me faire gagner du temps sur le long terme, en évitant les décollements et les reprises coûteuses.

Le jour où j’ai compris que ça ne marchait pas

Le jour de la pose, j’étais un peu pressé. J’avais prévu de poser une moitié du garage en une matinée. J’ai étalé la colle sur le sol en faisant des stries avec une spatule crantée, puis sur le carreau. Mais j’ai fait ça un peu vite, comme souvent quand on veut en finir. Le double encollage, je l’ai fait à la va-vite, sans vraiment vérifier la consistance de la colle ni le temps de gélification. J’ai posé le carreau, puis j’ai passé un coup de marouflage rapide, juste histoire de faire tenir. J’ai pensé que c’était suffisant.

Quelques heures plus tard, j’ai commencé à taper doucement sur le carreau pour vérifier la tenue. C’est là que ça a coincé. Ce bruit creux sous le pied, c’est le signe que l’adhérence est déjà compromise. J’ai senti une légère flexion quand je marchais dessus, comme si le carreau ne reposait pas bien. Le creux que j’avais remarqué au départ n’était pas un simple défaut, mais une zone où la colle n’avait pas pris. J’ai eu ce doute qui m’a foutu un coup au moral : est-ce que mon double encollage avait été qui marche ?

J’ai décidé de retirer le carreau à froid, sans casse. En le soulevant, j’ai découvert des bulles d’air visibles, de la colle mal prise, et des zones complètement sèches. La colle avait gélifié trop vite ou n’avait pas été étalée uniformément sur le carreau. L’erreur la plus flagrante était d’avoir appliqué la colle sans vérifier l’humidité du sol. Je me suis rappelé une légère odeur ammoniaquée qui flottait quand j’avais posé la colle polyuréthane, signe que la ventilation n’était pas bonne et que le support pouvait être trop humide. Ce détail m’avait échappé sur le moment.

La déception a été rude. J’avais passé près de 6 heures à poser la moitié des carreaux, consommé deux sacs de colle (soit environ 40 € en plus de ça que prévu), et voilà que je devais tout recommencer. Ce qui m’a le plus frappé, c’est combien un geste technique mal maîtrisé, comme un marouflage bâclé, peut annuler tout le travail. J’avais négligé l’importance de ce détail, pensant qu’un coup de spatule et de rouleau suffirait. Le temps consacré à la pose avait doublé, et l’investissement en matériel et colle aussi. J’ai eu l’impression d’avoir gâché mon effort sur un point que je pensais secondaire, alors que c’était la clé de la réussite.

Comment j’ai changé ma façon de faire après ce raté

Le déclic est venu lors d’un échange sur un forum spécialisé. Un pro expliquait qu’il ne suffisait pas d’enduire les surfaces de colle, mais qu’il fallait impérativement maroufler avec rigueur, en chassant bien les bulles d’air sous les grands carreaux. Il insistait sur la nécessité d’un marouflage poussé à la spatule puis au rouleau, surtout quand les carreaux dépassent les 60×60 cm. Ce message tombait pile au moment où je me demandais comment éviter de refaire la même erreur. J’ai compris que ce n’était pas un détail, mais la base du double encollage.

J’ai donc revu ma méthode. J’ai ajusté mon timing en posant un carreau à la fois, en encollant rapidement mais précisément, sans dépasser les 10 minutes entre l’encollage et la pose pour éviter la gélification prématurée. Ensuite, je ne me contentais plus d’un coup de spatule, mais je marouflais systématiquement avec une spatule crantée adaptée à mes carreaux, puis je passais un rouleau lourd en insistant bien sur les angles et les bords. Ce geste, que je pensais anodin, est devenu central dans ma pose. Je ne pensais pas qu’un simple coup de rouleau pouvait faire toute la différence entre un collage solide et un décollement futur.

J’ai aussi changé de colle. J’ai choisi une colle à prise plus lente, ce qui m’a permis de travailler plus sereinement, sans pression sur le temps. J’ai appris à toujours vérifier l’humidité du support avec un humidimètre avant pose, pour éviter la gélification causée par une surface trop humide. Cette étape m’avait complètement échappé lors de ma première tentative. Le fait de savoir que la colle peut rapidement perdre ses propriétés si le support est trop humide a changé ma manière d’aborder la préparation du sol.

Ce que je retiens après plusieurs mois de pose et d’observation

Plusieurs semaines après avoir adopté cette nouvelle méthode, j’ai pu observer les résultats concrets. Le creux et le bruit creux ont disparu complètement. Je n’ai plus ressenti cette sensation de flexion sous le pied, même en marchant avec des chaussures lourdes. La tenue des carreaux est bien meilleure, même sur mon sol qui reste légèrement irrégulier. Le double encollage, quand il est bien fait, tient ses promesses. J’ai compté que la pose m’a pris environ 30 minutes et puis par mètre carré, ce qui correspond bien à ce que j’avais lu. Le surcoût en colle a aussi été visible, avec environ 2 € par mètre carré en plus, mais ça vaut clairement le coup quand on veut éviter les reprises.

Ce que j’ai aussi appris, c’est que le double encollage n’est pas une solution miracle. Si le support est humide ou si la colle n’est pas adaptée, ça ne règle rien. J’ai vu que la colle polyuréthane, si elle est mal ventilée, peut dégager une odeur ammoniaquée qui masque un problème d’humidité. J’ai aussi constaté que si le marouflage n’est pas poussé, des bulles d’air peuvent apparaître, ce qui rend le collage fragile. Bref, le double encollage demande une vigilance constante sur plusieurs paramètres.

Pour un amateur comme moi, ce qui compte, c’est de prendre le temps de maroufler, même si ça rallonge la pose. Pour un professionnel, c’est sans doute indispensable, mais ça demande rigueur et équipement adapté. J’ai envisagé d’autres options, comme le simple encollage avec une colle flexible, mais j’ai vu que ça pouvait provoquer des fissures aux points de contraintes, surtout sur de grands carreaux. Depuis, je préfère le double encollage bien fait, même si c’est plus long, parce que ça donne un résultat plus solide.

J’ai aussi testé un peu la pose avec des joints larges pour compenser les irrégularités, mais ça ne remplace pas un bon encollage. Et j’ai évité les colles à prise rapide sur les sols qui ne sont pas parfaitement secs, parce que le risque de délaminage est trop grand. Cette expérience m’a appris que la pose collée, surtout pour les grands formats, c’est un mélange de technique et de patience. Je ne m’imagine plus bâcler le marouflage comme avant.

Au final, ce que je retiens, c’est que le double encollage améliore vraiment l’adhérence et réduit les risques de fissures sur grands carreaux, mais qu’j’ai appris qu’il vaut mieux y mettre les formes. Si tu prends le temps de vérifier l’humidité, d’utiliser une colle adaptée, et de maroufler sérieusement, ça tient. Sinon, ça peut vite tourner au fiasco, comme ça m’est arrivé. Cette expérience m’a rendu plus exigeant, et surtout plus respectueux de chaque détail technique, même ceux qui paraissent anodins au départ.

Gaspard Le Bris

Gaspard Le Bris publie sur le magazine Les Carrelages Brivadois des contenus consacrés au carrelage, aux revêtements et à l’aménagement de la maison. Il traite notamment les sujets liés aux terrasses, piscines, salles de bain, usages des matériaux et critères de choix, avec une approche claire, structurée et tournée vers les besoins concrets des lecteurs.

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